lundi 23 juillet 2012

Étape 8 - Champex d'en Haut - Trient

Étape 8 -  Champex d'en Haut - Trient - 750m de dénivelé



Jean-Jacques s’est levé 1h avant nous et est allé chercher de quoi pique-niquer à Champex-Lac. Nous redémarrons par une terrible ascension, plus de 4h de montée prévue « raide ». Mais cette montée se fait à l’ombre. Nous sommes bien reposés, tout le monde est en forme et motivé. Nous discutons avec un groupe de jeunes Parisiens fort sympathiques et nous parvenons sans difficulté à l’alpage de Bovine.


Là, à 1 975m d’altitude, la météo nous permet de voir le Valais (Suisse), la vallée du Rhône très loin vers le nord et la ville de Martigny. Comment partir d’ici ? Nous avons l’impression de survoler cet environnement, hors du temps, loin des préoccupations. Cette immensité nous rappelle notre petitesse mais la joie de notre présence ici, ensemble, nous parle de ressources à puiser profondément en soi, d’énergie à donner mais aussi à recevoir.

Notre corps est maintenant adapté à l’effort, notre sac bien ajusté à notre dos, notre pas bien cadencé. Nous redevenons des individus primaires et cela participe au plaisir de la randonnée. Nous mangeons non plus quand c’est l’heure mais quand nous avons besoin de carburant. Malgré nous, nous dormons tôt, bien et longtemps. Nos sens, tous nos sens, sont en alerte tout le temps. Jean-Jacques s’étonne, il porte son sac plus celui de Constance et il n’a mal nulle part. Son kiné est vraiment extraordinaire!
Nous descendons maintenant vers le col de Forclaz. Constance et Gautier cavalent devant; la descente, ce n’est toujours pas mon truc. « Mais laisse toi aller maman… ». Non, rien à faire, je freine. J’ai besoin de maîtriser. Je vois ma fille de 9 ans dévaler le sentier. Que retiendra-t-elle de ce périple ? N’est-ce pas trop dur pour elle ? Les esprits chagrins penseront sans doute que ses parents sont déraisonnables. Mais je la vois partir toujours enthousiaste le matin. Je l’observe faire des galipettes sur les immenses lits des dortoirs le soir quand nous, nous ne pouvons plus bouger. Elle découvre la montagne grandeur nature. Elle se lasse parfois de notre extase ou des chemins trop longs, elle nous oblige à inventer des histoires, elle rêve parfois tout haut de plage et de sable, mais elle refuse de prendre le bus, elle veut faire tout le Tour. Elle découvre comme nous qu’elle a de l’énergie qu’elle ne soupçonnait pas, elle est fière en haut des cols et elle développe son courage, son endurance et profite de chaque pique-nique, de chaque ruisseau, pour sortir son jeu de cartes. La découverte des refuges est pour elle un plaisir et son coach Gautier sait à tout moment la distraire et lui faire apprécier l’endroit.

Perdue dans ma réflexion à propos du profil type du randonneur qui n’existe pas, ou sur ce que chacun peut quérir sur ce fameux TMB, je ne me suis pas rendue compte que j’arrivais au col.
Au col de la Forclaz, le chemin aboutit dans une salle de traite ambulante !
Malgré la présence de quelques touristes, nous faisons une petite halte (il fait trop chaud).
Nous poursuivons le sentier qui longe le bisse (sorte de gros caniveau aménagé autrefois pour amener l’eau) et descendons en lacets vers le très joli petit village de Trient avec son église rose et son glacier.
Le refuge dans lequel nous sommes accueillis est un véritable « boui-boui » avec plein de choses en vrac partout. Mais la « gardienne » est sympathique. Nous sommes bien logés dans un petit gîte à côté. Nous préférons faire notre popote nous-mêmes.

Au final, 5h10 pour 5h10 prévu !

dimanche 22 juillet 2012

Étape 7 - La Léchère - Champex d'en Haut

Étape 7 -  La Léchère - Champex d'en Haut - 400m de dénivelé


Aujourd’hui nous repartons pour une étape plus courte, 5h05 d’après le guide. Du coup, nous prenons notre temps. Nous traversons un sentier botanique, nous lisons les pancartes et nous arrivons à un mur d’escalade. Constance et Gautier enfilent les baudriers. Résultat, au bout de 2h, nous n’avons quasiment pas avancé!
Nous pique-niquons un peu avant Praz-de-Fort. Nous sommes en Suisse, les chalets de bois sont magnifiquement fleuris de géraniums et assemblés exactement comme les jeux de construction « jeujura ». Leurs bûches sont si bien rangées qu’on dirait des palissades.

Le chemin n’est pas bien difficile. Il fait très beau mais nous n’avançons pas très vite. Nous traversons en montant (bien sûr) une belle forêt et notre sentier est amusé de sculptures à même les troncs d’arbres représentant des champignons, des écureuils et autres habitants de la forêt.
Nous parvenons sous un grand soleil à Champex-Lac où nos petits marcheurs sont récompensés d’une bonne glace.

Nous croisons quelques amis randonneurs et nous repartons vers notre refuge qui forcément se trouve un peu plus loin…un peu plus haut.
A Champex d’en-haut, nous nous installons dans le dortoir de l’auberge Bon-Abri. C’est très convenable mais dans l’ensemble les refuges Suisses sont chers.
Les traits sont tirés!

Au final, 5h50 pour 5h05 prévu

samedi 21 juillet 2012

Étape 6 - Refuge Bonatti - La Léchère

Étape 6 - Refuge Bonatti - La Léchère - 790m de dénivelé


De bon matin,(quand même), le soleil est au rendez-vous. J’ai eu une frayeur: mon unique short-pantalon avait disparu du séchoir où je l’avais déposé la veille au soir. Je me voyais continuer en pyjama. Non, une simple erreur ; au moment de partir mon emprunteur avait ramené le short dans le séchoir.

En route, destination « La Léchère ». C’est notre plus longue étape. Il nous faut marcher 6h30 (d’après le guide). Constance n’est pas très en forme ; elle a un peu mal au ventre. La météo s’annonce favorable.
Les premières heures de marche sont toujours un enchantement.
Nous traversons d’abord un large alpage avec un troupeau de 124 vaches italiennes (non, nous ne les avons pas comptées, mais c’est le fermier qui nous l’a dit et vu que nous parlons couramment l’italien…).
Nous redescendons à travers une forêt de mélèzes vers le Val Ferret. Les vaches sont passées par là avant nous et dans l’autre sens.
Nous remontons assez rudement puis nous parvenons jusqu’au refuge Elena.

Nous croisons de nombreux VTT qui suscitent notre curiosité. Ces chemins nous semblent si peu adaptés au vélo et c’est plus souvent le cycliste qui porte son vélo que l’inverse, mais bon : autre région, autre mœurs. La marche à pied, çà nous convient bien.
C’est dans ce coin-là aussi que mon moral en a pris un coup : j’avance péniblement mais fièrement sur ces chemins exigeants, mon sac pèse lourd sur mes épaules, mes jambes sont raides le matin, les muscles endoloris et voilà que je suis doublée par les coureurs qui s’entraînent pour l’UTMB (Ultra Trail Mont-Blanc). Ils vont faire en 48h ce que nous faisons en 11 jours. Ils ont l’outrecuidance de courir sur ces chemins impossibles. Bon, chacun son niveau, c’est sûrement parce qu’ils n’ont presque rien à porter. Quand même, respect pour ces athlètes.

Depuis maintenant 2 ou 3 jours, nous avançons dans la direction du N.E. Le Val Vény puis le Val Ferret bordent notre itinéraire à l’ouest et enchantent notre vue ; fin filet serpentant en bas dans un écrin de verdure. Mais de notre balcon si judicieusement choisi, depuis 2 jours, nous pouvons mesurer du regard ces énormes langues blanches qui descendent du massif opposé. Ces magnifiques glaciers qui semblent avoir été stoppés dans un élan gigantesque, habillent la montagne. Blancs et immobiles, ils semblent d’un autre temps ; majestueux et attirants, ils accompagnent notre marche.

Voilà que la météo change, de lourds nuages gris nous encombrent la vallée. Il fait frais et il faut se couvrir. Nos batteries sont à plat. Constance n’est pas en forme. Nous n’avons pas le temps de jouer aux cartes. C’est dur.

C’est là que nous les avons vus, à quelques centaines de mètres de nous en montant vers le Grand Col Ferret. Probablement qu’ils  se savaient  observés des randonneurs.
Mais ils savaient aussi que la combe où ils se trouvaient les protégeait. Ils étaient dans le nuage qui daignait de temps à autre nous les laisser voir. En tout cas, leurs magnifiques cornes révélaient leur identité, ils étaient bien 7 ou 8 bouquetins paissant tranquillement en pleine journée.

Bon, mais tout cela ne nous fait pas avancer. Un bon pique-nique, une petite partie de cartes, et c’est reparti. Nous parvenons rapidement à notre point CULMINANT : le « Grand Col Ferret », 2537m. Là, nous sommes complètement dans les nuages, il fait très froid, et beaucoup de vent. Nous traversons la frontière Italie-Suisse sans nous arrêter.
La descente en Suisse est facile, nous sortons bientôt des nuages. Comme après chaque col, le paysage change radicalement. Quel beauté encore de ce côte-ci ! Comment imprimer autant de paysages magnifiques ! Comment conserver de telles images ! Tout est si beau, mais pourtant tellement différent. Profitons simplement…
Nous passons auprès du chalet de la Peule, puis de sentier en route, de chemin en ruisseau, nous parvenons au refuge « La Léchère ». Il est déjà bien tard lorsque nous arrivons. On nous donne une belle petite chambre rien que pour nous 4. Quelques étirements, la douche, le dîner très maison (délicieux) et au lit ! Ce fut (du moins le croyait-on à ce moment-là) notre plus longue étape.

Au final, 6h25 pour 6h00

vendredi 20 juillet 2012

Étape 5 - Courmayeur - Refuge Bonatti

Étape 5 - Courmayeur - Refuge Bonatti - 1073m de dénivelé


Le petit-déjeuner est à la mesure du reste. Nous sommes en pleine forme pour reprendre le cours de notre Tour.
Après quelques courses au petit Carrefour de Courmayeur, nous sommes prêts pour découvrir la suite. La première montée promettait d’être corsée jusqu’au refuge Bertone. Ce fut le cas ! Mais nous avons monté à l’ombre des grands arbres qui de temps à autre montraient Courmayeur, de plus en plus loin, de plus en plus petit. Et puis nous avons trouvé de délicieuses fraises des bois tout le long de cette montée. Ça motive !
Au refuge Bertone, il est midi. Il fait chaud, nous décidons de continuer encore jusqu’à une table d’orientation. Nous savons où nous sommes, nous savons où nous allons, tout cela est rassurant.

JJ aide un V.T.Tiste à réparer sa chaîne cassée. Le casse-croûte est fameux. Nous reprenons notre tour par un magnifique chemin en balcon. Les fleurs qui le bordent sont plus jolies les unes que les autres. Je voudrais connaître leur nom, je voudrais toutes les photographier avec mes yeux, les stocker dans ma tête, les conserver dans mes souvenirs pour les utiliser comme remède à la grisaille de l’hiver ou à la fatigue des jours trop courts.
J’adore ces chemins en balcons, ils serpentent tranquillement à flanc de montagne, dessinent un lacet rassurant, offrent une vue magnifique sur la vallée et se parent le plus souvent d’une flore exquise,ils offrent des perspectives multiples et nous promènent tantôt à travers les alpages, tantôt dans les forêts de conifères. Les terriers témoignent d’une vie nocturne bien animée.
Nous avançons jusqu’à franchir le torrent d’Armina sur une fort belle passerelle en bois. Mais pour nous, qui dit torrent, dit « trempette » et « jeux de cartes ». Nous profitons de notre pause car nous savons que notre refuge n’est plus très loin.
Plus très loin, mais comme tous les refuges, il est perché et les derniers hectomètres nous semblent longs. Le refuge Bonatti est situé à 2025m d’altitude. Il offre une vue magnifique sur les grandes Jorasses et l’accueil est à la mesure du panorama. C’est grand, c’est confortable, c’est propre. On y mange bien et tout porte la marque Bonatti.
Nous partageons le dortoir avec une maman de la région Lyonnaise et ses deux fils. Nous cheminerons plusieurs fois en leur compagnie.
La météo n’est pas très optimiste, ouf ! Il ne sera pas nécessaire de mettre le réveil à 5h pour voir le soleil se lever sur les grandes Jorasses.

 Au final, 5h10 pour 4h30